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On surnommait souvent Neika «la Vénus de Cassem». Sans doute à cause de l’éclat brillant qu’elle dégageait la nuit dans le ciel de la planète voisine. Situé en banlieue Nord de Shûrit, capitale de Neika, le «Fallen Angels», était devenu le must incontesté des nuits de la planète rubis. Sonothèque branchée, overgound hyper connecté, où s’épanchait la faune nocturne jusqu’à l’aurore. Un monde à part, avec ses soixante pistes de laser-dance, ses bars-déco flashys, ses sexo-dômes trashys… Seule dans sa loge, assise devant un grand miroir bordé de dorures kitsch, Téfu Nunga, s’apprêtait à entrer en scène. Tendue. Trois mois de spectacles n’étaient pas arrivés à la décontracter. Toujours ce foutu trac en travers de la gorge, qui rendait les mains moites et vous sciait les jambes. Téfu, de son nom de scène «Flamme», avait été élue Miss Neika deux ans auparavant. Née dans une famille pauvre d’Arenshar, deuxième ville de Neika, elle avait tout misé, tout sacrifié pour un titre aussi lumineux que les Etoiles du Vide ! S’astreignant à des régimes draconiens et à d’harassants exercices quotidiens. Mais, comme la douleur, l’ombre rattrape souvent ceux qu’elle a enfantés… Certes, elle avait posé nue pour quelques flashographes renommés. Son gracieux corps d’ébène, élancé, avait même fait la Une de MegaMode, et d’autres holo-titres spécialisés. On avait fantasmé partout sur l’audace de ses courbes. Toutefois, depuis un an, plus rien qui la faisait vibrer. Eclipsée par d’autres astres. Oubliée. Alors un soir, prenant son courage à deux mains, elle avait poussé la porte des «Anges déchus». A travers les murs de sa loge, Téfu entendit le morceau qui précédait son numéro. Un tube des «Free Orbiters», le groupe en vogue sur Neika: «Apoca-Love». Encore nerveuse, elle respira profondément... Elle prit son mascara violet, aux paillettes argentées, dont elle orna ses longs cils avec harmonie. A l’aide d’une épongette, elle estompa brièvement le fard rose éclairant ses paupières. Munie d’un long pinceau affiné, elle entoura ses grands yeux noirs d’une légère touche de blanc-cassé. Puis attrapa son beauty-stic, encoquina d’un rouge bordeaux ses lèvres pulpeuses. Esquissa un sourire, révélant des dents d’une blancheur à croquer. A l’annonce du présentateur qui hurlait son pseudo à la foule déchaînée, Téfu se leva. Enfila rapidement une culotte rose-fluo, et accrocha une chaîne argent autour de ses hanches. Sans autre parure, elle rejoignit d’un pas rapide le velours noir du rideau. Ultime rempart. Profonde expiration. L’immense salle plongée dans le noir. Puis, peu à peu, ambieuse de rose, teinté de bleu, sur musique rouge. Projecteurs braqués vers le ciel. Sifflements qui se meurent en silence. Et «Flamme» qui apparaît. Enlacée d’une liane, plongeant d’imperceptibles hauteurs. Mimant l’Amour, tête en arrière, long cheveux noirs, bas sur la croupe pour en souligner les rondeurs. Bras qui invitent, jambes qui envoûtent, corps séducteur. Qui roule,
se déroule et s’enroule autour de la corde en loveur. Elle, la tête ailleurs. Regard au loin sur les fluorescences des verres d’alcool. Et sur les bulles qui en gravissent les hauteurs. Soudain, tout s’arrête. Salle qui se fige. Une, deux, trois explosions. Boucan d’enfer. L’immeuble qui se met à trembler, à vaciller, à éclater. Lumières intenses, cris de terreurs. Micro-secondes sur défilé d’horreurs. Regards qui crient, pensées qui hurlent, corps qui s’embrasent. Puis noir total. Et «Flamme» en ange déchu, qui tombe, et tombe encore... A 23h02, heure locale, le premier missile, de la première guerre de la Fédération du Vide venait de s’abattre sur Neika… Stéphane Prince >> suivante |