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Ash-Nadir et Lom-Qwai arpentaient depuis plus d’une heure, avec impatience, l’immense salle des Pas-Perdus de l’imposant Palais-du-Crépuscule. Tel un impressionant cube de 50 étages, ce dernier était entièrement composé de marbre noir, avec pour seule décoration quelques morbides oiseaux de proie accrochés à son sommet. Au regards inquisiteurs et statufiés par la pierre. Le Palais du Crépuscule était jonché sur d’interminables falaises. Qui plongeaient à pic dans les eaux tumultueuses et verdâtres de la Mer d’Ozan, recouvrant une grande partie de la planète. Les brumes, qui envahissaient quotidiennement ces lieux, étaient typiques du rude climat Kriptique. En raison de l’omniprésence de monts escarpés, emprisonnant d’impuissants nuages essayant avec peine de prendre de la hauteur. Située à l’extrême Nord de la Galaxie du Vide, Kriptos, offrait un paysage où tout était n’était qu’une infinie succession de sommets, collines escarpées et replis accidentés. Ici, la nature semblait ne jamais vouloir s’applanir, souffler un peu. Les plaques tectoniques, furieusement entremêlées en des danses infernales, se livraient en sous-sol à d’éternels combats, dont les terribles soubresauts remontaient parfois en surface, dévastant tout sur leur passage. Le climat était humide et venteux en permanence, seule des neiges éternelles recouvrant les plus hautes cimes, parvenant avec peine à égayer l’ensemble. Ur-Djesir, la capitale, à l’image de la planète, ne faisait rien qui puisse séduire les rares visiteurs. La plupart du temps égarés. Hormis le bruyant fleuve Xao, dont les eaux saumâtres traversaient la cité, la vie semblait s’être évanouie. Seules quelques timides lueurs continuaient de briller une fois la nuit tombée. Les résidents, dégoutés par la furie des éléments, se risquant rarement hors de leurs yourtes d’acier... D’un signe discret de la main, un majordome à l’uniforme gris-métal, vint délivrer de l’insoutenable attente Lom-Qwai et son cousin. Shar-Kazan consentait enfin à les recevoir. Un liftexpress ultra rapide les menèrent en quelques secondes au 49e étage, réservé, avec le toit en plexiglas-fumé, aux appartements privés du Seigneur. Les deux cousins avaient la gorge nouée lorsqu’ils virent les deux gigantesques portes noires, ornées d’éphigies de rapaces rouges-vif, aux armoiries du Souverain, s’ouvrir dans un silence presque parfait. Assis avec négligence sur un imposant trône de platine, tranchant avec l’incessante et presque névrotique noirceur du Palais, Shar-Kazan leur fit signe de s’approcher, le ton résolument impératif. Ash-Nadir entra le premier dans l’immense salle, dont le sol, les murs et le plafond, invariablement noirs, étaient toutefois décorés de brutales scènes de guerres blanc-cassé, qui faute d’égayer les lieux, auraient au moins le don d’impressioner de potentiels ennemis. Lom-Qwai le suivi, intimidé par le bruit de ses pas, décuplé par le vaste espace quasiment vide. Paré de son habituelle cape anthracite, Shar-Kazan se leva et se dirigea lentement vers un interminable bureau rectangulaire, sans fin, et s’assis tranquilement à une extrêmité. Il pria, l’air narquois, les visiteurs de s’installer en face de lui, à l’autre bout, cinquante mètres plus loin! Lom-Qwai et Ash-Nadir s’éxécutèrent sans un bruit. Aucun objet sur le mega-bureau qui puisse faire diversion. Seule une mini-commande que leur hôte tenait dans une main, et clignotant d’un rouge prêt à répondre à d’inquiétants desseins. L’atmosphère était lourde dans la salle, les deux cousins sachant pertinemment que jamais Shar-Kazan n’avait tenu audiance, sans que l’enjeu fut d’importance. Et l’enjeu, ce jour là, dépassait tout ce qu’ils auraient pu immaginer, même dans leurs rêves les plus obscurs… Shar-Kazan frappa deux fois dans ses mains, sous le regard inquiet de ses invités. En écho à sa demande, une fente s’ouvrit dans le plafond, pour laisser apparaître un impressionnant écran blanc-crème qui descendit lentement, pour s’arrêter à mi-hauteur du sol. La salle fut soudain plongée dans l’obscurité. Un film commença à défiler et des images apparurent que Lom-Qwai et Ash-Nadir reconnurent aussitôt : Cinq planètes, perdues dans l’Espace, disposées en croix. Avec l’une d’elles, nettement plus volumineuse que les autres, et faisant office de point central. Shar-Kazan prit enfin la parole, alors que l’image se faisait beaucoup plus nette. –Vous reconnaissez sans doute Liska, accompagnées de ses quatre sœurs : Zarkis, Anthar, Tirko et Volkaïr! Les cinq dernières conquêtes de l’observation dans la Galaxie du Vide. Fierté du centre de recherche spatial d’Aris-Pir, celles qu’on nommait les «Terres-Nouvelles». –Et qu’avons nous trouvé sur ces mondes promis à tous nos espoirs ? Interrogea Shar-Kazan. –Rien, strictement rien !, Ne put s’empêcher de répondre Lom-Qwai. –Pas le moindre filon à exploiter, pas une pépite à négocier ! Renchéri Ash-Nadir. Les «Terres-Nouvelles», découvertes douze ans auparavant, étaient sensées contenir leur pesant d’or en pierres précieuses de tout acabit, c’est du moins ce qu’avait laissé interpréter la sonde Tamur4, lancée depuis le CSM (Centre Spatial de Myra). -Neuf ans passés à dériver dans la poussière, sur des vaisseaux tout juste bons pour la casse! Reprit Shar-Kazan, -Et tout cela pourquoi ? Les deux cousins le regardèrent impuissants. –Pour nous éloigner du Pouvoir et des guignols de la Fédération, pour nous contrôler à distance ! Hurla le rebelle. –Horkan est un imposteur, il doit payer ! Martela t’il encore, en pesant chaque mot. La sentence sonnait sans appel, de la part d’un guerrier aussi tenace que Shark. Les deux cousins se regardèrent, sachant ce que cela signifiait... Ce fut Lom-Qwai qui le premier osa briser la glace. –Et comment comptes-tu t’y prendre pour éliminer Horkan ? Demanda t’il, d’un ton interrogateur. Les deux compères savaient que Shar-Kazan était le seul dans toute la Galaxie qui puisse oser imaginer pareille option : s’attaquer de front, au plus puissant de tous les Seigneurs du Vide, héritier d’une planète qui avait mille ans d’avance sur ses consœurs de Galaxie. –Je ne vais pas m’en prendre qu’à ce Prince de pacotilles, et à sa Cour de bons à rien! Gronda Shark. –C’est la Fédération entière que je vais exterminer ! Ash-Nadir et Lom-Qwai dévisagèrent leur hôte, se demandant si ce trop long séjour au confins du Vide n’avait pas sérieusement amoindri ses facultés. – Exterminer la Fédération ? Reprirent-ils en cœur, Tu n’y penses pas sérieusement ? Insista Ash-Nadir. Ils reçurent pour toute réponse qu’un énorme rire lugubre, encore accentué par l’écho de l’immense salle. –Suivez-moi ! Ordonna Shar-Kazan, d’un ton décidé. Ils suivirent l'inquétant monarque vers le fond de la pièce. Une porte s’ouvrit, conduisant à un très long pont de verre, reliant le Palais à la falaise à laquelle il était accroché. Puis après d’interminables couloirs en colimaçons, ils se retrouvèrent dans ce qui ressemblait à un centre de contrôle. Shar-Kazan se mit face à eux et déclara d’un ton moqueur, en pressant sur sa mini-commande: –Regardez bien, voici devant vous l’Avenir de la Galaxie! Glacés par ces propos, les deux cousins n’eurent pas le temps de réfléchir. Dans un fracas épouvantable, la montagne entière s’écarta devant eux. Pour laisser apparaître, devant leurs yeux incrédules, une immense plaine sur laquelle étaient parqués, alignés à perte de vue : Des milliers de cuirassés atomiques, croiseurs interstellaires, bombardiers galactiques, tous frappés du sceau de l’Aigle Noir de Shar-Kazan… Décidément, jamais le Seigneur de Kriptos ne plaisantait…. Stéphane Prince précédente << retour >> suivante |