Le contes de l'espace-temps


Escale sur Saturne

D'immenses baies plexi gazées, teintées roses et circulaires, entouraient la base de l'audacieuse construction. Elles s'ouvrirent, comme par magie, sous l'impulsion discrète d'invisibles puces.

A l'intérieur, dans ce qui devait correspondre à un hall, d'innombrables processions de tapis volants stabilisés; à quelques centimètres du sol, emmenaient les voyageurs célestes vers différents comptoirs. De là, on partait se restaurer, dormir, ou plus simplement se reposer. Le temps d'une escale.

Il faut dire que le Relais des Toiles proposait, outre un choix quasiment illimité de pitances de toutes natures, des espace repos bienfaisants dans sa section Anneautel.

Akhim et ses compagnons se rendirent dans un bar fluorescent autour duquel étaient accoudés, avec une nonchalance entretenue, quelques Kumps désoeuvrés. Ces pirates de l'espace, au look post-barbare et à la chevelure catogannée, essaimaient les galaxies en quêtes de butins ou de butineries non consenties.

Certaines belles toutefois, n'hésitant pas, une fois leurs compagnons partis en galaxies lointaines, à recourir spontanément à leurs services. Et vantaient ensuite, l'oeil encoquiné et à qui voulait l'entendre, leurs ébats endiablés avec ces rebelles des nouveaux mondes.

Evitant soigneusement de déranger les imposants colosses, la petite équipe s'assit dans un coin discret, les visages légèrement dévoilés par des lueurs lasers venues des confins d'un plafond aussi haut qu'invisible.

Une auto carte à la démarche mécanique glissa vers eux sans hésitation, déroulant ensuite une interminable liste de mets et de boissons aux saveurs aussi originales que contradictoires. Ceci traduit, comme il se doit, dans les 12448 langues officielles utilisées dans les galaxies les plus proches.

Moyden se contenta d'un verre spiralé d'eau nébuleuse des sources d'Anokh; tandis que Tarkis, encore sous le charme d'un univers si scintillant, sirota tranquillement une pinte d'Hydromel de Barbarie distillé sous bonne garde en terres ennemies. Aux confins du système.

Allumé, Zender l'était aussi! Ayant depuis fort longtemps décrété la supériorité de l'Eau de vie sur l'Eau de Rose; avachi sur son canapé stellaire bleu- cobalt, l'air ailleurs, il sifflait allégrement un magnum de cidre enrichi et millésimé récolté depuis de respectables décennies.

Akhim, pensif, un peu agacé par l'activité incessante de ces lieux, avait opté quand à lui pour une flutte de bave de homard du Centaure au ton rose orangé.

Les amis avaient ensuite partagé un buffet saturnien, sorte de géant mezé de cette partie de la Galaxie.

Des steaks d'Ichnodon coupés en fines lamelles côtoyaient des suprêmes d'Uranus, sortes de pâtés emplis de truffes lactées, cueillies patiemment sur la Voie, et de viande compressée d'élans du Zerkh.

Le tout posé sur un lit d'eustaches aromatisées au ton vert pâle, avec bien sûr, une quantité non négligeable d'inévitables zémyres, que l'on retrouvait désormais à chaque table.

La zémyre, agrume particulièrement coriace, de couleur jaune cuivré, s'adaptait à tous climats, poussant sur les sols les plus arides ou rocailleux. Sa culture intensive, aux quatre coins du système, avait révolutionné la vie dans la Galaxie en permettant d'enfin nourrir la plupart des créatures qui y avaient élu domicile.

Repus, Akhim se leva doucement, émit un rot discret laissant s'échapper quelques poussières étoilées, et enjamba le premier tapis volant à sa portée, en vue d'une digestive ballade

Le tapis déambula sans secousse le long d'interminables couloirs éclairés par de faibles pastilles tamisées d'un rouge incertain. Soudain, virage à gauche, et une énorme porte fortifiée qui s'ouvre sans un bruit sur un univers emplis de chants d'oiseaux et de cascades infinies.

Akhim, par le hasard des tapis, avait rejoint l'Espace Repos.

Une immense serre en composait la voûte. Un sol de catelles gris clair en faïence d'Artaga se déroulait sous ses pieds,à perte de vue, entourant de multiples plantations de toutes souches, d'un vert vif contrastant, donnant à l'ensemble un air thallasique de grande fraîcheur.

Des nuées d'oiseaux lyres et de hérons vénusiens, volant en triangles décalés, agrémentaient leurs vols d'harmonieuses mélodies.

Les myriades de cascades, aux eaux scintillantes et impétueuses, dévalaient sans complexe des pentes audacieuses, contournant d'énormes rochers ornés d'acryliques ombrages.

Rien ici ne semblait vouloir faire oublier un virtuel eden...

Stéphane Prince

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