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La journée avait commencé sous les meilleurs auspices. Un lever de soleil fushia embrasait un ciel au ton turquoise et argenté, si particulier des horizons qui tapissaient la Galaxie du Vide. Située au centre exact de cette dernière, la base d’Um-Qazar avait la forme d’une gigantesque pyramide géostationnaire de 144 étages! Siège du Conseil de la future Fédération des Seigneurs Galactiques, elle avait été construite en un temps record. Mobilisant la plupart des moyens disponibles dans les systèmes. Durant une année, tout ce que la Galaxie comptait de croiseurs ou de cargos inter-stellaires, s’étaient relayés sans la moindre interruption. En une incessante procession. Pour construire la structure, installer les sas de pressurisation, dérouler des milliers de kilomètres de cables micro-digitaux, aussi fins que des cheveux cuivrés, assembler l’impressionant l’Astroport, situé au dessous de la base de la pyramide , et capable d’aceuillir simultanément la bagatelle de 50 vaisseaux. Ou encore ajuster les immenses baies en verre de Xianok, qui grâce a son exceptionnelle capacité de réflection, permettait d’immenses économies d’éclairage en jouissant au maximum des clartés légendaires du ciel ambiant. Tout avait été terminé juste à temps pour ce jour historique. Seuls quelques peintres, aux pistolets à micro-propulsion, fignolaient encore les motifs des décorations du hall d’entrée, aux effigies de héros mytiques, dégageant de légères vapeurs de laques acryliques bleutées. Un interminable tapis or et vert, couleurs uniquement utilisées pour les grandes occasions, tissait un lien entre l’impressionante porte d’entrée du Conseil, ornée des traditionnelles dorures d’Arkapa et l’Esplanade de marbre rose des Orateurs. Tout était fin prêt à acceuillir les augustes Invités. La salle du Conseil était comble. Une foule bigarée attendait patiement les Douze Elus. Les Douze Seigneurs des plus importants systèmes de la Galaxie. Pour la première fois réunis, en un même élan. Afin de faire patienter l’mmense foule, une douce mélodie de cythare électronique agrémentait un documentaire sur les origines de la Galaxie qui était projeté sur l’immense écran de crystal à récepteur laser. On y apprenait, ou redécouvrait, que la Galaxie du Vide devait son nom aux immenses distances séparant chacun de ses millions de systèmes solaires. On vivait ici, à une échelle à peine concevable pour les civilisations qui peuplaient les autres mondes. Tout ici, n’était que Grandeur et Espace, à perte de calculs ou d’immagination. On vivait si loin de tout, hors de portée de toute visée, au propre, comme au figuré. Aucune technologie ne permettant de voir si loin. Si Vide. Comme d’invisibles naufragés perdus dans l’Immensité. La plus petite planète du plus modeste système de la Galaxie, Tayan-Din, affichait une circonférence de 4.500.000 kilomètres, soit 100 fois plus que l’humble Terre des Hommes! Myra,la ville-planète aux dimensions gargantuesques, capitale du système du Levant, habritait pas moins de 375 milliards d’âmes. Hakrit, sa soeur jumelle, avait la croute couverte de déserts à côté desquels un Sahara eut fait office d’une aimable goutte de sable. Sur Korrus, à l’extrémité du système des Harmonies, des vents d’une force incomparable partaient à l’assaut de cimes de plus de 45.000 mètres… Et que dire des inhabitables géantes gazeuses, telles Ash-KaDer, Telcius, ou même Songar, qui auraient pu, en d’autres lieux, acoucher de systèmes entiers… Le brouhaha des discussions, qui emplissait dès l’aube l’imposante salle du Conseil, se dissipa en un instant lorsque le speaker, dans son micro rétro et avec un accent Myréen parfait, annonca l’arrivée imminente des Seigneurs. L’âge des souverains servirait de critère pour établir la préséance. Des plus anciens Chefs de Clans, aux faits de guerres dont on narrait encore les exploits dans tous les drive-drinks de la Galaxie, aux jeunes electrocrates, aux dents encore longues d’impatience, fraichement nommés dans leurs systèmes respectifs. Le Myréen, langue la plus parlée dans les systèmes, qui comptaient pas loin de 800.000 dialectes, avait été accepté par tous comme mode unique de communication interplanétaire. D’ardents défenseurs des mots, dans les universités gallactiques, s’affairant toutefois à préserver au mieux l’immense richesse que représentaient les multiples langues qui s’étaient répendues au fil des temps. D’un coup, tel un ballet savament orchestré, toutes les caméras Holo-digitales pointèrent leurs focus sur l’entrée de la salle. Un événement de cette importance ne pouvant, il est vrai, qu’être retransmis en Galaxovision. Sous les faisceaux crépitants des laserflashs, Torgall, Seigneur de Neika et Cassem, regard profond, aux traits prononcés que seul un âge respectable sait sculpter, fut le premier à pénétrer dans l’hémicycle. Suivirent dans l’ordre: Turnik de Basharem, puis Ben-Akjar le Magnifique, Ash-Nadir et son cousin par alliance Lom-Kwai, Nephis-Dan le Valeureux, tous représentants de systèmes venant du centre de de la Galaxie. Un murmure de réprobation envahi la foule lorsque Shar-Kazan, rebelle à toute institution, sans Foi ni Loi, fit son entrée dans la salle. Maigre et longiligne, l’air moqueur, avec un rictus qui en disait long sur le peu d’intérêt qu’il vouait à la cérémonie… Parmi tous les Seigneurs qui avaient traversé l’imposante salle du Conseil, Horkan fut celui qui manqua presque de faire exploser d’entousiasme les applaudigimètres disséminés sur la station. A la tête de Myra depuis cinq ans, le Prince Horkan jouissait d’un soutien populaire d’une rare ferveur. Fils unique du regretté Nexos-le-Bien Aimé. Grand et charismatique, parlant peu mais sachant se faire entendre, Horkan avait été l’artisan de la Fédération. Etait-ce dû au bon sens et au pragmatisme hérités d’une famille de Seigneurs, ou à ce solide regard, yeux noirs lancés comme des flêches vers les âmes de ses interlocuteurs? Horkan arrivait tôt ou tard à convaincre. L’idée de la Fédération avait germé sur Myra. Occupé à réviser un budget quinquénal aussi vétuste qu’un panier perçé. En observant les sommes faramineuses consacrées à la guerre, il compris que sans un durable accord de paix, le budget de la cité-planête se transformerait en puit sans fond. Au cours d’une visite éclair sur Cassem, il parvint à convaincre Torgall, le vétéran, fatigué par une vie d’âpres combats. Septs autres Seigneurs, tous aussi certains de l’urgence à fédérer les systèmes, emboitèrent le pas. Mais c’était sans compter sur Shar-Kazan. Qui avait bâti son immense Palais de marbre noir, sur Kriptos, grâce à d’incessants pillages dans les terres de l’Est. Avec l’aide d’ Ash-Nadir et Lom-Qwai, il organisa un Front du Refus qui résista deux ans. Conscient que seule l’acceptation de tous ménerait au succès, Horkan employa toute son énergie à s’allier les récalcitrants. Un argument décisif fit mouche aux yeux des rebelles: Une déclassification sans précédent des flottes de guerre au profit de l’exploration scientifique de terres nouvelles… dont les gisements s’avéraient prometteurs… Sirvan, Gandor de Kyza, Pashka-la-Belle et Mamat-Sum finirent par rejoindre le groupe, installé en demi-cercle sur l’Esplanade, face à la foule. Torgall se leva pour demander le silence. Selon une coutume née de la nuit des temps,il frappa trois coups à l’aide de son glaive de platine sur l’imposante Etoile d’Argent, symbole d’espérance. On aurait pû entendre voler le moindre insecte tant l’atmosphère se liquéfiait. Crescendo. Chacun étant tendu par l’importance de l’enjeu. Devant les laserflashs des chaînes cryptées de la Galaxie,Torgall fit circuler le parchemin en bambous d’Isarès. Auprès de chaque Seigneur, en prenant soin de respecter l’ordre établi. Lorsque vint le tour pour Shar-Kazan d’imposer sa signature, à l’aide de l’usuelle microplume à faisceau incurvé, un murmure d’inquiétude empli la salle. Ravi d’engendrer un tel suspens, qui plus est en prime-time galactique, Shar-Kazan fit mine d’hésiter, sourire au lèvres. Mais finalement, à 10h44 locales, fort de ses douzes paraphes, le parchemin historique fut enfin officialisé. Mettant un terme à 16.447 années de conflits inter-systèmes! Des cornes de brume électroniques retentirent dans toute la Galaxie. Partout les foules dansèrent d’allégresse pour célébrer une Paix qui n’avait jamais qu’une douce utopie. La Fédération d’Um-Qazar été née. L’an 1 devenant la référence des mondes du Vide! Les scènes d’horreur des siècles passés seraient peu à peu soustraites des microdisques d’histoire, et rejoindraient les poussiéreuses archives d’inconnus sous-sols. Une pierre blanche avait été posée. Pour réinventer la vie. Stéphane Prince précédente << retour >> suivante |