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Une heure déjà qu'il était parti. Elle restait là, étendue, sur le lit, l'âme délicieusement blottie dans ses rêves, n'arrivant pas à se soustraire à cet état second. Surtout ne pas bouger, ne pas troubler l'harmonie. Tout faire pour retenir la magie de l'instant... A travers la pièce, elle savourait encore l'odeur qu'il avait laissée. Ce parfum qui embaumait désormais son propre corps aussi, comme un linceul dont elle n'aurait jamais voulu se défaire. Cette odeur si particulière. Mélange de musc et de sueur, à la fois tendre et sauvage. A son image. Elle tentait désespérément d'en retenir les effluves comme on conserve une empreinte. Pour lui appartenir encore un peu. Elle qui avait perdu le plus précieux des sens depuis ce stupide accident qui l'avait rendue aveugle, ressentait comme personne l'expression "à fleur de peau". Mais cette fois ci, l'intensité avait été telle. Comme jamais elle ne l'avait ressenti auparavant. Des sensations semblant s'échapper tout droit des profondeurs rarement explorées de l'instinct,des racines les plus secrètes du désir. Elle s'étira. Tout au souvenir de l'instant où il s'était approché d'elle. Du moment où il avait posé son doigt sur ses lèvres, avec ce mélange de douceur et de malices qu'il imprimait en en faisant le tour. Ses lèvres, qui telles des pulpes d'oranges gonflées du nectar de l'envie, avaient embrasées les siennes, aussitôt secondées par une langue farouche. Qui, à force d'assauts passionnés, n'avait pas tardé à mettre le feu à leurs instincts. Comme une lave qui peu à peu s'écoulait en leurs veines,encore ravivée par ce souffle doux et chaud qu'il déposait sur sa nuque, prenant bien soin d'en doser les effets. Tout ceci, alors que ses bras l'enserraient, progressivement, mais sans jamais l'emprisonner complètement. Lui laissant à chaque instant ce semblant de libre arbitre qui avait pour inévitable effet de l'attirer encore plus vers lui. Tel un ballet savamment orchestré par le génie des sens... Cette manière si particulière aussi, qu'il avait eu de la déshabiller. Prenant tout son temps. Comme si rien ne devait arrêter la lente progression de l'ivresse. La délestant d'un doigt habile de tous ses remparts, l'un après l'autre. Cette façon unique qu'il avait eu de faire glisser sa jupe, en un dernier tour de passe-passe doublé d'une infime élégance, dont elle avait ressenti toute la subtilité. Même sans la voir. Comme si tout en lui n'était qu'amour du beau et du bon. Puis, nus l'un contre l'autre, unis par la douceur de leurs transes, elle avait aimé qu'il la porte ensuite dans ses bras. Qu'il la dépose sur le lit, sans une secousse, compensant de force et de maîtrise l'ardeur de désirs fougueux qu'elle sentait sur le point de se déchaîner. Elle avait adoré, quand couchée sur le ventre, elle sentait son doigt caresser les boucles de ses cheveux, en jouer de longs instants, et descendre avec une précision diabolique tout au long de sa colonne. Pour terminer sa course dans le creux de sa croupe, avec un mélange subtil de tendresse et d'audaces. Tout comme sa langue avait ensuite pris le relais, encore et encore, avec de plus en plus d'intensité. Déclenchant à chaque passage une multitude de frissons qui bourgeonnait en elle et sur elle, comme seuls témoins d'une fièvre désormais incontournable. Puis, elle avait senti contre elle ce sexe tendu et brûlant, prêt à l'envahir de partout, dont elle adorait sentir la force et la détermination. Ce glaive ivre de conquête, qui lui caressait le corps d'un bout à l'autre, lui mimant l'amour jusque dans ses moindres replis. De l'antre de ses jambes qu'elle refermait en alternance, en postures douces et coquines, jusqu'à son cou, son visage et ses joues. Jusqu'à ses fesses aussi, qui s'extasièrent vite de ce mélange parfait de douceur et d'impudeur qui tantôt effleurait avec patience, tantôt violentait avec insistance. Ce membre, cette langue et ces mains, désormais tous fous d'elle, qui se mettaient à enflammer ses seins, à faire rugir des tétons durs et tendres comme l'amour, pour finir par émoustiller son sexe, déjà baigné par une marée de désirs en cascades. A l'envoûter, pour en extraire chaque seconde des sensations toujours plus fortes, vibrantes de l'exaltation de ces parties du corps faites pour s'unir, et dont la rencontre provoque invariablement des gammes de désirs aux ondes emplies d'extases. Leurs corps ensuite, avaient roulé, roulé, roulé dans tous les sens, unis en un boléro aussi sensuel que langoureux. Peaux recouvertes de sueurs aux senteurs magiques, dont les gouttelettes ruisselaient en abondance à travers les vallées temporaires qu'offraient leurs flancs et qui sans cesse redessinaient leur paysage amoureux. Dont l'effervescence des rencontres, laissait s'échapper des frissons emplis de charme. Enfin, vint l'instant où il lui fit face, prêt à la l'envahir de sa fougue. Ou sans les voir, elle avait senti ses yeux emplis de tout ce que l'amour et le désir suscitent, son âme et son corps brûlants comme jamais de l'envie de s'immerger profondément en elle, de se fondre en elle, avec force et passion. Et durant les longues minutes qui suivirent, s'accrochant fiévreusement à leurs hanches, ou à tout ce qui passait entre leurs mains, il s'étaient unis, emplis l'un de lautre. Complètement. Dans une débauche d'ivresses et de sensations, rythmée par l'intensité de leurs souffles, accompagnée de gémissements semblant venir du plus profond d'eux-mêmes. Jusqu'à que l'explosion simultanée de leur sens, dans un déluge en crescendo d'extases successives et jouissives, au milieu de tremblements convulsifs, finissent, en rivières abondantes et déchaînées, par avoir raison de leurs vaines résistances. Cris, puis râles, puis souffles... Et puis silence. Les corps qui retombent ensuite. En corps accords. Ames et sexes tuméfiés de plaisirs, qui n'osent ou ne désirent plus s'extraire d'une fusion qui les emmène si loin, hors de toute atteinte. Puis ces longs instants encore, où ils laissèrent retomber peu à peu le souffle de la passion, seulement troublés par la cadence de deux cœurs qui s'évertuent encore à battre la mesure en désordonnées chamades. A contre-temps. Ils restèrent longtemps ainsi, mains unies, âmes apaisées, et sens...à fleur de peaux… Stéphane Prince |