Préliminaires


Morsure

Le matin devant ton miroir,
tu traques en silence les outrages,
du temps qui tue la fleur de l’âge,
et fait patiemment son devoir,

A coups de crèmes de jouvances,
tu essaie de contenir ces rides,
qui comme une lente chrysalide,
transforment ton image en silence,

Dans cet univers d’apparence,
tu flipes un max de ne plus plaire,
tu oses à peine songer l'enfer,
où tu feras ta révérence,

Qui pourrait te lancer la pierre,
dans un monde obsédé de formes,
de vouloir repousser les bornes,
du temps où le regard se perd,

Mais quand la vie se fait automne,
mieux vaut en accepter l'audace,
sans quoi l'âme lentement se glace,
de regrets lourds et monotones...

La cinquantaine qui se dessine,
tu es bien loin des pathétiques,
minettes aux formes anoréxiques,
qui font la une des magazines,

Alors tu cours toujours plus vite,
dans Marie-Claire tu te régimes,
de repas lights en cours de gym,
tu cherches un moteur à ta fuite,

Cernes en suspensions provisoires,
tu te thalasses de fond en thermes,
tu te palaces dans des lieux ternes,
où tu te masques d’illusoire,

Qui n'a jamais rêvé de miel,
dans un monde obsédé de fit,
et qui dans sa folie évite,
de s'attacher à l'essentiel,

Mais quand la vie se fait hiver,
mieux vaut en accepter le froid,
sans quoi l'âme lentement se noie,
dans un fleuve parsemé d'amers...

Depuis deux mois t’as rencontré,
un jeune loup qui te sussure,
des mots qui charment et qui rassurent,
histoire de retenir l'été.

Bien sûr, tu demandes pas d’amour,
juste quelques grammes de passion,
pour vivre encore au diapason,
des fleurs qui pavanent au grand jour,

Alors tu le couvres d'argent,
pour le prix de baisers ardents,
de jeux torrides et envoûtants,
qui t'aident à revivre l'avant,

Comme je t’aime femme de romance,
toi qui jamais ne te résignes,
au poids du temps qui assassine,
dans ton combat perdu d’avance,

Oh oui je t'aime femme de vie,
toi qui n'a cessé d'être belle,
au point de devenir rebelle,
dans ton combat contre l'oubli…

Stéphane Prince