Préliminaires


Strip-éclairs

Lui, il jubile, dans son studio, tour de l’Impasse. Il va enfin la voir.

Depuis des mois qu’il croise, ce tailleur gris, ces longues bottes noires,

Et ce regard marron, absent, comme hors du temps.

Elle, c’est sa voisine. Enfin d’en face, dans la tour Nord.

Lui c’est Mathieu, incapable de lui parler, de prononcer un mot,

Pire, ses yeux se baissent lorsqu’il la croise.

De peur peut-être de perdre le peu qu’elle ne lui cède:

Une image, une ombre. Un parfum aussi.

Ce poison volant qu’il aspire chaque matin, comme on se fait une ligne...

Lui, il est devenu voyeur, de circonstance.

Puisqu’il ne peut la prendre, il devra la voler.

Voler son image.

Alors que l’orage s’annonce, il pointe sa visée sur l’appartement d’en face.

Dehors, le vent s’engouffre dans les buildings, arque-boutant les arbres, les rares piétons aussi.

L’air se fait lourd, comme l’attente. Le ciel se met à chialer à grosses gouttes..

Les yeux collés sur la lunette, il l’aperçoit à la faveur du premier éclair.

Cette fois, son rideau crème ne peut plus rien pour elle...

Elle est là, debout, de profil, elle a gardé ses talons sky.

Un pied tendu, l’autre replié, sur un lit de soie noire.

Magnifique ses pieds, à embrasser, à engloutir…

Lentement, doucement, elle fait glisser son Dim sur une jambe prafaite.

Si blanche sa peau.

Clair- Obscur. Elle disparaît.

Il attend, il respire fort, transpire un peu aussi.

Le ciel se strie. Il la revoit.

De dos cette fois, face à un vieux miroir.

Il voit ses longues mains fines contourner ses frêles épaules,
épouser un cou fragile, et descendre lentement le long de son dos.

Pour finir par décrocher délicatement la prison noire.

Flash, elle devient bleue et disparaît dans un tonnerre.

Lui, il a juste le temps de voir un sein se refléter dans la glace.

Parfait. Un téton fier comme un étendard…

Croquant, craquant...

Et toujours cette peau blanche.

Longue attente. Frustration.

Puis tempête à son comble. Eclairs en démesure.

Elle revient, s'approche de la vitre.

Elle semble le regarder.

Il rêve.

Et flache sur sa bouche onctueuse, de laquelle semble s’échapper d’inaudibles murmures...

Puis elle tourne et se retourne.

Il ne quitte plus des yeux ses fesses aux sublimes rondeurs.

Si tentantes. Que l’on voudrait soumettre à tous les tourments.

Si blanches ses fesses...

Et ces longs cheveux noirs, si noirs, qui enlacent son corps à chacun de ses mouvements.

Il croit la voir sourire, il la sent offerte…

Ou peut-être le croit-il, le veut-il….

Noir total.

L’orage’éloigne.
Lui, il ferme les yeux.

Surtout ne rien perdre, tout emporter...

A t’elle souri ?

Il ne sait pas, il ne sait plus.

Il sait seulement que sa nuit sera blanche.

Comme la peau des inconnues...

Stéphane Prince